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Les apôtres

Comme dans le premier article,c’est la vision théologique qui sous-tend ce programme iconographique, moins souvent évoquée ou approfondie à notre connaissance, qui a retenu plus particulièrement notre attention.

Pour permettre d’avoir une meilleure définition des photographies et surtout de zoomer vous pouvez vous reporter à l’album sur Google photo : https://photos.app.goo.gl/6yeRnrsTjsZQeZXD6

La voute de la travée centrale de l’abside représente les apôtres. Comme nous l’avons précisé dans le précédent article (1), ils font le lien entre les théophanies liées à la période de l’enfance jusqu’au baptême de Jésus et l’ultime manifestation du Christ lors de la Parousie à la fin des temps, représentée sur la voute de la travée suivante. Ils sont l’Eglise en mission pour assurer le salut tant des païens que des juifs.

Puis il leur dit : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création. (Mc 16, 15)

Et cet Évangile du Royaume sera proclamé dans le monde entier ; il y aura là un témoignage pour toutes les nations. Alors viendra la fin. (Mt (24, 14)

Nous avons vu dans l’article précédent la représentation de l’apôtre Mathias sur l’arc doubleau à hauteur de la scène de l’Annonciation (on le voit encore à droite et en bas de la photo représentant les quatre apôtres).

Les quatre apôtres de la partie centrale de la voute sont les mieux conservés. Au sommet une sorte de chaîne décorative les sépare. Elle symbolise les liens et relations entre le ciel et la terre (2), entre le Christ et les apôtres en mission :

« Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28, 20)

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A droite, Saint Pierre tient les clés du Royaume dans sa main gauche :

Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » (Mt 16, 18-19)

Sa main droite est représentée comme celle du Christ de la Parousie. Pierre représente le Christ sur terre.

A gauche, Saint André, frère de Simon appelé Pierre, appelé en même temps que lui à suivre Jésus :

Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs. Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » (Mc 1, 16-17)

André tient une croix qui rappelle que lui et Pierre furent crucifiés comme Jésus.

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Sur l’autre versant de la voute de la travée centrale :

A droite, Saint Philippe montre un codex qu’il tient dans sa main gauche recouverte d’un voile en signe de respect.

L’apôtre à gauche, semblant également porter quelque chose dans sa main gauche voilée, n’est pas identifiable car l’inscription commençant par SCS n’est pas déchiffrable.

Au-dessous de Saint Philippe on voit un visage auréolé de rouge.

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La Parousie

Après les théophanies rattachées à Nativité, la Parousie est l’ultime manifestation (signification du mot grec parousia) du Christ revenant sur la terre à la fin des temps. Cette scène est particulièrement représentée sur les tympans des portails (avec l’évocation du jugement dernier) et sur les voutes en cul de four des absides (avec le buste hiératique du Pantocrator). A Vals, la scène est représentée sur la voute de la première travée à partir de la nef et constitue, comme nous l’avons déjà dit, la clôture du programme iconographique qui conduit de la manifestation du Christ-Fils de Dieu par sa naissance de Marie (l’église lui est dédicacée) à celle du Christ en majesté de la fin des temps.

Alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme ; alors toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine et verront le Fils de l’homme venir sur les nuées du ciel, avec puissance et grande gloire. (Mt 24, 30)

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Voici qu’un trône était là dans le ciel, et sur le Trône siégeait quelqu’un.

Celui qui siège a l’aspect d’une pierre de jaspe ou de cornaline ; il y a, tout autour du Trône, un halo de lumière, avec des reflets d’émeraude. (Ap 4, 2-3)

Le fond de la mandorle fait effectivement penser à la couleur du jaspe et de la cornaline.

Le Christ est auréolé d’un nimbe crucifère. Son vêtement est celui d’un personnage royal qui rappelle par exemple celui du Christ peint sur l’abside de l’église San Miquel d’Engolasters (Andorre), conservé au Musée d’Art de Catalogne à Barcelone.

On pourra rapprocher ce Christ en majesté de ceux d’autres églises de Catalogne :

-Saint Martin de Fenollar : https://lh3.googleusercontent.com/-vuocVMlj_C8/UcMkGyMAfgI/AAAAAAAACmk/BVXlCfcpMO8/s1600/IMGP7762.JPG

-Taüll, San Clement : https://lh4.googleusercontent.com/-t-aL5TvuBJE/U6AkQUCCTuI/AAAAAAAADLU/n-JaCiyrC80/s1600/IMGP2433.JPG

-Esterri de Cardos : https://vogage-roman-art.blogspot.com/2014/08/les-fresques-et-le-devant-dautel.html

-Sant Miquel d’Engolasters : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:065_Absis_de_Sant_Miquel_d%27Engolasters.jpg

-Saint Pierre de Montgauch (Ariège) (surtout pour le décor entourant la mandorle) : http://www.festival-du-comminges.com/eglise-saint-pierre-de-montgauch/

La main droite du Christ est le symbole de sa puissance et de sa miséricorde divines : le pouce, l’annulaire et l’auriculaire forment un triangle symbole de la Trinité tandis que le majeur et l’index, parallèles, indiquent la double nature, divine et humaine du Christ.

La main gauche présente le livre des Ecritures appuyé sur son genou.

J’ai vu, dans la main droite de celui qui siège sur le Trône, un livre en forme de rouleau, écrit au-dedans et à l’extérieur, scellé de sept sceaux. Puis j’ai vu un ange plein de force, qui proclamait d’une voix puissante : « Qui donc est digne d’ouvrir le Livre et d’en briser les sceaux ? » (Ap 5, 1-2)

Le restaurateur Jean-Marc Stouffs dans son relevé graphique après nettoyage, distingue les traces de l’alpha (en lettre capitale) et de l’oméga (en lettre minuscule) peints entre le coude droit et le trône.

Moi, je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. (Ap 22, 13)

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Devant le Trône, il y a comme une mer, aussi transparente que du cristal. Au milieu, autour du Trône, quatre Vivants, ayant des yeux innombrables en avant et en arrière.

Le premier Vivant ressemble à un lion, le deuxième Vivant ressemble à un jeune taureau, le troisième Vivant a comme un visage d’homme, le quatrième Vivant ressemble à un aigle en plein vol. (Ap 4, 6-7)

Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants (Ap 7, 11)

Les Quatre vivants ou Tétramorphe, sont des êtres mystérieux évoqués dans ce texte de l’Apocalypse. Ils tiennent en mains un livre et ils ont été considérés comme les symboles des quatre évangélistes. Ils ont la tête tournée vers le Christ.

Ils dominent des archanges avocats au nombre exceptionnel de quatre ici à Vals. Ceux-ci ont en main un volumen où sont consignées les demandes ou prières (les anges sont chargés d’annoncer, de transmettre).

A la droite du Christ, on distingue en-dessous :

-Sur la gauche : Saint Matthieu représenté par un homme ailé

-Sur la droite : Saint Luc représenté par un taureau ailé

Au-dessous de ces évangélistes on distingue deux archanges :

-A gauche : Saint Pantasaron ? On trouve l’inscription « SCS PANTA » au-dessus du personnage. Jean-Marc Stouffs, au cours des travaux de restauration, déchiffre, au-dessous de cette inscription, des traces d’autres lettres : S… RON

La tradition catholique ne compte que trois archanges (Michel, Gabriel, Raphaël). Il en fallait ici quatre pour respecter la symétrie.

On se perd en conjectures sur cet archange dont le nom est seulement connu pour figurer – unique recension actuellement – dans les Codices colonienses conservés à la Dombibliothek de Cologne (tradition juive, IX ou X° s.) (http://belcikowski.org/ladormeuseblogue/?p=5765). Cet archange porte dans sa main droite une croix.

-A droite : Saint Michel (inscription « SCS MICAEL ») porte dans la main droite une croix à la silhouette de lance dont le pied de la hampe transperce le dragon au-dessous de lui.

Alors, il y eut une bataille dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent le Dragon. (Ap 12, 7)

Entre les deux archanges, on peut voir un séraphin caractéristique par ses trois paires d’ailes. C’est cependant l’inscription « S CHERUBIN » que l’on trouve entre les pointes des ailes supérieures et la mandorle. Ce séraphin porte à chaque main un encensoir dont on peut voir les chaînettes. Les séraphins sont les créatures au plus près du trône céleste.

L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ; les pans de son manteau remplissaient le Temple., Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils avaient chacun six ailes : deux pour se couvrir le visage, deux pour se couvrir les pieds, et deux pour voler. Ils se criaient l’un à l’autre : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire. » (Is 6, 1-3)

Les yeux qui décorent les ailes recouvrant le corps sont par leur brillance des symboles du feu que les séraphins entretiennent sur l’autel céleste. Le terme hébreu seraphim veut dire littéralement « les brûlants ».

Un autre ange vint se placer près de l’autel ; il portait un encensoir d’or ; il lui fut donné quantité de parfums pour les offrir, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or qui est devant le Trône. Et par la main de l’ange monta devant Dieu la fumée des parfums, avec les prières des saints. Puis l’ange prit l’encensoir et le remplit du feu de l’autel ; il le jeta sur la terre : il y eut des coups de tonnerre, des fracas, des éclairs et un tremblement de terre. (Ap 8, 3-5)

Ce sont aussi les yeux de feu divins qui scrutent les reins et les cœurs :

À l’ange de l’Église qui est à Thyatire, écris : Ainsi parle le Fils de Dieu, celui qui a les yeux comme une flamme ardente et des pieds qui semblent de bronze précieux : Je connais tes actions, je sais ton amour, ta foi, ton engagement, ta persévérance, et tes dernières actions surpassent les premières. (Ap 2, 18 ; cf. aussi Ap 1, 14)

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De l’autre côté, à la gauche du Christ, on distingue en-dessous :

-A gauche : l’évangéliste Saint Marc représenté par un lion (inscription au-dessus « SCS MARCHUS »). Remarquons une patte bien dessinée.

-A droite : l’évangéliste Saint Jean représenté par un aigle dont on aperçoit une partie des ailes.

Sous le lion de Saint Marc on distingue l’archange Gabriel (traces retrouvées de « … BR.EL ». Il tient dans sa main droite la longue hampe d’une croix pattée et dans sa main gauche un volumen.

De l’autre archange symétrique (Raphaël ?) il ne reste que quelques traces du vêtement.

Entre les deux archanges, symétriquement avec l’autre côté du Christ, on perçoit les quelques éléments d’un séraphin dont les ailes supérieures sont décorées avec des yeux et surmontées de l’inscription « SCS SERAFIM ». Comme pour l’autre séraphin, on distingue les traces des chaînettes de deux encensoirs.

On remarque que les trois archanges encore visibles portent tous une croix dite grecque (à branches égales) au bout d’une hampe. Cette croix symbolise celle de la mort du Christ mais a aussi, héritage grec, des connotations cosmiques (cf. les quatre points cardinaux).

Brandies au bout de longues hampes, elles valent enseignes royales : « Lorsque le Christ apparaîtra venant d’Orient, alors apparaîtra devant lui une croix comme une enseigne devant le roi » (Ephrem le Syrien, cité par « Lexique des symboles » p. 188 (3).

Nous retrouvons aussi un plan en forme de croix pour l’ensemble de cette voûte : les deux séraphins et la mandorle forment une croix, dans laquelle viennent s’inscrire les quatre archanges et les quatre Vivants :

Après cela, j’ai vu quatre anges debout aux quatre coins de la terre, maîtrisant les quatre vents de la terre, pour empêcher le vent de souffler sur la terre, sur la mer et sur tous les arbres. (Ap 7, 1)

Le Christ est au centre de cette croix :

« et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi » (Jn 12, 32)

Voilà tout le discours iconographique de l’abside de Vals :

Le Christ « alpha », né avant tous les siècles (Jn 1, 2) et « Adam » de la nouvelle Création inaugurée en sa naissance, est aussi « oméga », admis de nouveau, par sa mort sur la croix, dans la gloire de son Père (Jn 17, 5) qu’il manifestera à la fin des temps au centre d’une croix cosmique où se résoudra toute l’aventure terrestre.

Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre ; le deuxième homme, lui, vient du ciel. (1 Co 15, 47)

En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie (1 Co 15, 22)

Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers. (Ap 1, 8)

Moi, je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. (Ap 22, 13)

Car tout est de lui, et par lui, et pour lui. À lui la gloire pour l’éternité ! Amen. (Rm 11, 36)

« L’Incarnation est une rénovation, une restauration de toutes les Forces et les Puissances de l’Univers ; le Christ est l’instrument, le Centre, la Fin de toute la Création animée et matérielle ; par Lui, tout est créé, sanctifié, vivifié. Voilà l’enseignement constant et courant de Saint Jean et de Saint Paul (le plus « cosmique » des écrivains sacrés), enseignement passé dans les phrases les plus solennelles de la Liturgie … mais que nous répétions et que les générations rediront jusqu’à la fin, sans pouvoir en maîtriser ni en mesurer la signification mystérieuse et profonde, - liée qu’elle est à la compréhension de l’Univers. »

Pierre Theilhard de Chardin 1881-1955), « Hymne de l’Univers », Pensées choisies p. 231, Ed. du Seuil, poche, 1961)

Pour conclure sur une vision très futuriste de cette gloire du Christ, je vous propose cet extrait de « l’Ascension », œuvre d’olivier Messiaen (1908-1992), la troisième partie intitulée « Transports de joie d’une âme devant la gloire du Christ qui est la sienne », interprété par Olivier Latry :

https://www.youtube.com/watch?v=KDnaDdbldz8

Olivier Messiaen a mis ces extraits de Saint Paul en exergue de son œuvre :

Vous rendrez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière. (Col 1, 12)

Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. (Ep 2, 6)

Nous reviendrons plus tard sur d’autres illustrations sonores possibles de ces fresques, en particulier grégoriennes.

(1) Vals, présentation de l’église

http://demeuresdesirables.monsite-orange.fr/page-5c29e358d72eb.html

Vals, fresques sur la Nativité

http://demeuresdesirables.monsite-orange.fr/page-5c2a12ec3d90f.html

(2) « Dictionnaire des symboles » (Coll. Bouquins, éd. Robert Laffont)

(3) Olivier Beigbeder, « Lexique des symboles » (coll. Zodiaque, 2° éd.)

Autre source :

-Plusieurs numéros du bulletin édité par l’association des Amis de Vals (n° 59, 60, 61, 64, 67 … en particulier les articles de Serge Alary)

Traduction française de la Bible liturgique.